Encore un film vu, vu et revu, au point d’en user la bande de la cassette vidéo (dans lesquelles passait tout mon argent de poche).
A l’époque (la Belle époque, le bon vieux temps, good old times !), j’attendais avec impatience le programme de Canal+ (damned ! Ai-je donc été une bourgeoise avant l’heure ? mes parents ont eu Canal dès 1986. Dans un patelin de même pas 450 habitants, ça fait jaser… Bon, moins si on découvre que mon père a fait le forcing, non pas pour le foot, mais pour le film porno du 1er samedi du mois… Mais ceci est une autre histoire…).
Programme sur l’emballage duquel était noté le code à rentrer sur le décodeur (ma mère étant une quiche avec tout ce qui est technologique , depuis le fer à repasser jusqu’au camescope en passant par la cafetière et la tondeuse, c’est à mon frangin et à moi que revenait la tâche de rentrer le code à chaque début de mois) pour faire mes plannings d’enregistrement, en VO si possible (mais plus en français pour malentendants… Fait une fois pour Braveheart. Au bout de 15 minutes je n’en pouvais plus des interjections « rires » et des couleurs différentes et je n’ai jamais retenté de voir le film depuis) pour ne pas gêner le pater familias si l’envie subite le prenait de voir un film sur le magnétoscope.
J’attendais donc de récupérer ce programme pour découper amoureusement les images du film (avec du bol, y en avait devant, derrière et à l’intérieur du mag) et les coller sur mon boîtier carton de K7 vidéo afin de la ranger précieusement dans mes archives en attendant le jour béni où je pourrai avoir une télé dans ma chambre (quant à savoir si oui, j’en ai eu une, réponse à l’épisode 35).
Bref, trêve de galéjade (je prône aussi le retour des mots tombés en désuétude comme galéjade, mijaurée, guenille et j’en passe)
Le film du jour est HAIRSPRAY.
Le vrai, l’unique (j’ai pas osé non plus regarder le remake avec Travolta et Pfeiffer), celui de John Waters, 1988 (bon 1988, pas ma meilleure année… Je partais vaillamment au collège, en 6e avec mes lunettes, mes bottines –au top de la mode de l’époque- et mon Tann’s sur le dos). John Waters, le cinéaste tapé et queer que j’affectionne tout particulièrement.
Depuis ma VHS a un peu souffert et j’ai investi dans le DVD.
Un film d’ado , toujours…
Seule différence, si vraiment cela fait une différence, c’est qu’il se passe dans le Baltimore des années 60…
Mon ami Jean (surnommé Jean-Relou car il vient de Montbéliard et qu’il sait l’être) et moi avons une théorie sur les ingrédients pour qu’un film soit bon. Il faut de la danse, des explosions et des hélicoptères. Je ne cache pas que nous n’avons encore jamais trouvé la perle rare qui cumule ces 3 critères. Donc en attendant, on regarde plein d’autres films. Dont Hairspray…
L’histoire est relativement simple. Baltimore donc (fief de Waters), 1962. Une ado, Tracy, grosse ou comme on dit maintenant en surpoids (effectivement, mais ça ne dérange que les autres en fait, pas elle) voudrait passer à la TV dans le « Cornie Collins Show » (c’est là que la danse apparaît).
Postulat de départ assez simpliste, mais bien moins qu’il n’y paraît…
On est au cœur des Etats-Unis, et attention ! il y a des Noirs (la mère de sa meilleure amie, Penny, s’évanouit d’ailleurs à la vision d’une personne de couleur), de la ségrégation (magnifique slogan qui rythme le film « segregation never, integration now », le tout sur une manif, mini-manif je vous l’accorde. Encore un sujet de société…), du sexe (la danse de ces gens là, au cœur des nights clubs, où l’on se touche, on s’effleure… Grrrr !), de la rébellion (Tracy traîne sa mère dans les magasins et lui dit « welcome to the 60’s »).
Une brochette de stars (Debbie Harry, faut-il encore la présenter ?, Sonny Bono, et oui, le Sonny de Sonny & Cher !), de la prison (oui monsieur !), des bas-fonds dans lesquels des gens se frottent (le rêve !), et j’en passe et des meilleures !
Une héroïne super potelée (sa rivale lui balance dans les dents « the show is not filmed in Cinemascope ! »), à laquelle je me suis relativement bien identifiée… Dans ma tendre jeunesse, j’étais la plus grande de toute ma classe (en hauteur, mais peut-être aussi en largeur…) et mon enveloppe corporelle a souvent été un problème pour moi (j’ai d’ailleurs encore un truc avec la bouffe, quand je déprime, je ne mange plus…). Que fallait-il de plus pour m’identifier à cette jeune fille pimpante, bien dans son corps, bien dans sa tête qui en plus réussit ce qu’elle entreprend (passer au Cornie Collins Show, danser au premier rang, gagner à l’applaudimètre et piquer le copain de la pimbêche à qui tout réussi, normalement…) ?
Son amie, toute maigrelette, qui tète une sucette pendant quasi tout le film, dont la mère est complètement jetée (pour sa punition, la copine en question est obligée de porter un pull avec un gros P tricoté dessus pour que tout le monde sache que « Penny Pingleton is Punished ». Quel châtiment audacieux !). A cette époque-là, mes parents étaient tout ce qu’il y de plus normal (enfin je crois), c’était juste des parents, tellement amoureux l’un de l’autre qu’ils zappaient un peu leurs rejetons. Rajoutez à cela le fait que mon père avait des idées très arrêtées sur les filles (pas macho ou misogyne, mais pas super loin non plus…) et que je suis l’aînée, donc celle qui essuie les plâtres, et on obtient une identification tout à fait plausible…
C’est également le premier film que j’ai vu avec Divine. Divine, comme son nom ne l’indique pas, est un homme, qui joue des rôles de femmes (surtout dans les films de Waters) et qui a passé l’arme à gauche juste après ce film-là.
Il joue deux rôles dans le film, la mère de Tracy et le directeur du parc d’attraction («Oooooh ! le directeur du parc d’attraction ! », on dirait cette phrase sortie d’un épisode de Scooby Doo)
Je trouve malgré tout que j’aurais du naître dans les années 50. Période post WW2, que de l’optimisme à perte de vue, du possible à portée de la main, le Rock’n’roll, le début de la technologie (la TV, ces Cadillac et autres Chevrolet et Corvettes). Dieu comme j’aurais aimé qu’on me courtise (aujourd’hui on « emballe », on « chope » voire on « pelote ») dans un drive-in en regardant des films comme La fureur de vivre ou A l’est d’Eden… [sigh]
Bref, un film avec une fin heureuse (encore) parce que ça fait du bien, un film « en costume », un film qui fait du bien au moral, qui fait sourire, voir rire, qui donne une irrépressible envie de danser (ma vie serait-elle une comédie musicale plutôt qu’une telenovela comme je me plaisais à le croire il y a peu ?), un film qui t’améliore ton anglais, te fait voir des gens Noirs, des parcs d’attraction et un applaudimètre (et ça c’est presque aussi bien que des explosions, de la danse et des hélicoptères)